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Une Légende posée sur la Mer...Rochevilaine & la Pointe de Pen Lan

En plein estuaire de la Vilaine, cette presqu’île à l’atmosphère lumineuse et la configuration exceptionnelle a été aménagée en un hameau hôtelier cerné par les eaux.
 

 Aussi infinie que les vagues de la mer, la légende celtique semble avoir façonné des paysages mystérieux pour le seul bonheur de la contemplation. Posée au milieu de la mer, sur cette vaste étendue d’eau que forme l’estuaire de la Vilaine, entre Damgan et Penestin, dans le Morbihan, la pointe de Pen Lan défie le temps et l’océan. Moins connu, excentré de la Bretagne touristique, loin des fractures qui cisaillaient le littoral armoricain, cet univers sauvage et lumineux dégage une sensation de plénitude. Une côte chargée d’histoire, pleine de bruits et de fureurs, où se sont affrontées plusieurs puissances de la Terre.

  Roche Vilaine, comme s’appelait aussi le cap minéral pointé vers le grand large, fut visitée par ces grands navigateurs que furent les phéniciens. Dans les années 50, une stèle représentant Hathor, déesse punique aux cornes de vache, datant du Xe siècle av. J.C., époque où des expéditions parties de Tyr ou de Sidon venaient chercher de l’étain armoricain indispensable à la composition du bronze, est trouvée sur le site du Domaine de Rochevilaine. On sait aussi que le peuple celte qui habitait cette partie de l’Armorique était appelé les Vénètes, d’où un rapprochement envisagé par certains historiens avec la Vénétie.

 Marins redoutables, réputés invincibles, les Vénètes furent battus par Jules César et les galères de Brutus, au large de Pen Lan, en 56 av. J.C., au terme d’une bataille navale dont le récit à été conservé. Tout d’abord dominés par la puissance de la flotte Vénètes, les romains parviennent à éviter la déroute en coupant les cordages des navires adverses, grâce à des faucilles fixées à de grandes perches, pour faire tomber leurs voiles. Alors que Brutus est sur le point de se retirer, le vent tombe et immobilise les vaisseaux gaulois. C’est un massacre. La victoire romaine est totale. En représailles, César fait exécuter tous les membres du sénat vénète et soumet la population à l’esclavage. Plus tard, les Viking du chef danois Godfrid feront de Pen Lan un poste d’observation contrôlant l’estuaire de la Vilaine, avant que ce promontoire stratégique ne soit transformé en fort.

 Une autre tragédie militaire, dite la bataille des cardinaux, surviendra au XVIIIe siècle, lorsque la flotte anglaise de l’amiral Hawke envoie par le fond celle du français Brienne de Conflans, qui prétendait envahir l’Angleterre, le 20 novembre 1759. Avec Trafalgar, l’épisode reste l’une des plus grandes défaites navales françaises. Voilà pour l’histoire.

Pen Lan qui dépend de la commune de Billiers, dans les environs de Muzillac, est une presqu’île au passé actif. Il fut un temps où le port bruissait d’animation. De nombreux pêcheurs, au large et à pied, y croisaient les paludiers et les céréaliers venus embarquer leurs productions.              

 

Le hameau magnifique

On imagine alors les sons, voiles hissées, accostages des coques contre le quai, salutations échangées en langue bretonne, marchandages des prix d’embarquement, hennissements des chevaux en attente d’une fournée de poissons frétillants, cris des mouettes se chamaillant autour des chaluts… Tout ce qui faisait autrefois l’atmosphère des ports de pêche. C’est aujourd’hui un coin de paradis non pas perdu, mais bien caché, dont l’extrémité a été aménagée en hôtellerie, de 1954 à 1958, par Henri Dresch, un génial ingénieur, concepteur d’une moto « simple et robuste, à prix modéré », avant de devenir armateur d’une flottille de pêche. Original et inventif, Dresch comprend que Rochevilaine se prête au tourisme. Il aménage la presqu’il en hameau hôtelier, avec plusieurs types de bâtiments anciens ou contemporains, dont deux admirables manoirs de style breton, démontés puis reconstruits sur place, donnant l’impression d’être là depuis toujours, ainsi qu’un admirable porche du XIIIe siècle.


Avec ses volumes et ses reliefs reliés par une sorte de promenade, cet enchevêtrement de pierre et de verdure, donnant de toute part sur l’océan, constitue sans doute l’un des plus beau complexes touristiques du littoral européen. Un ensemble prodigieux qui permet presque de parler d’hôtel musée. Repris par Bertrand Jacquet en 1997, ce vaisseau minéral et ses abords labyrinthiques ne laissent personne insensible. Epargné par la course du temps, l’endroit baigne dans une félicité propice à l’introspection et au recueillement, tout en gardant les accents sauvages et fougueux des colères maritimes. « Me zo ganet e kreiz arm or » ( je suis né au milieu de la mer ), dit le poème de Jean pierre Calloc’h. Telle pourrait être la devise de cet éden armoricain.


 A la beauté du site s’ajoute la qualité de la prestation avec des chambres donnant toutes sur la mer, dont certaines au ras des flots, ou nichées dans le rocher. Quant au manoir des cardinaux, par allusion à la bataille navale de 1759, il est comme une maison indépendante avec salon, salle à manger, salle de douche, salle de bains donnant sur le large et chambre avec terrasse. Même topo pour le logis des peintres, le comptoir des Indes ou le loft des artistes, chacun jouissant d’une situation exceptionnelle. Entre chaque bâtiment, des allées, des parterres de fleurs, des bosquets composant le jardin de Rochevilaine. Quant au périmètre exposé aux flots, il forme une suite de terrasse, de promenade en chemin de ronde, de promontoires au panorama époustouflant, avec piscine d’eau de mer, accès direct à l’océan et un vaste bassin naturel enserré dans la roche qui se remplit à chaque marée.

Mais le domaine de Rochevilaine c’est aussi un petit paradis gastronomique participant à la magie des lieux (voir encadré). Enfin déesse punique oblige, Bertrand Jaquet a fait aménagé un espace de balnéothérapie marine auquel il a donné le nom d’Aqua Phénicia. Un spa dernier cri avec thalasso, programme de soins aux matières premières naturelles, grande piscine chauffée intégrée et centre de remise en forme. Sans aucun doute la plus belle entité hôtelière de Bretagne et l’une des plus remarquables de France.

Lorsqu’on se promène dans les alentours de la presqu’île de Pen Lan, le long de la dune fouettée par les vents ou sur la berge sablonneuse, la géographie bretonne reprend le dessus avec ses traditionnels sentiers de douaniers et ses landes imprégnées d’embruns. A quelques centaines de mètre de là, en longeant la grève, surgit le dolmen des Granges. Surnommé « le crapaud » à cause de la ressemblance avec cet amphibien, il est classé monument historique depuis 1978. Il est aujourd’hui réduit à sa plus simple expression, soit une grande pierre plate qui, autrefois, reposait horizontalement sur des pierres verticales posées sur champ, composant ainsi une chambre quadrangulaire dont le couloir d’accès a disparu, englouti peu à peu par l’avancé de la mer. Le recul du littoral étant estimé à une dizaine de mètre depuis l’époque néolithique, ce couloir pouvait donc avoir une longueur assez importante.

 

Le dolmen des Grays

Situé un peu plus loin en direction du sud, le dolmen des Grays est plus remarquable, puisque mieux conservé, mais aussi plus épars. Inscrit lui aussi monument historique, il a fallu attendre un intervention de la municipalité pour qu’il soit dégagé de sa gangue de ronces et d’herbes folles, puis remis en valeur. Parfois qualifié de tumulus, il se composait de trois dolmens à couloir avec traces de compartimentages (la chambre funéraire est subdivisée par des cloisons internes), surmontés d’une butte artificielle en pierre -ou cairn-, désormais quasi disparue. Le dolmen des Grays relevait donc du groupe des tombes à chambre subdivisée qui correspondent à une volonté, apparue dés la fin du Ve millénaire av. J.C., de différencier l’espace funéraire dans le but d’une installation de sépultures multiples. Son diamètre était estimé de 20 à 30 m. Même si ces deux dolmens ne sont pas spectaculaires, ils participent à la Force du paysage.

Au cœur du village de Billiers, simple bourgade bretonne sans intérêt particulier, le voyageur peut faire une halte aux Glycines (90 et 110 €), une ravissante maison d’hôte dotée de cinq chambres décorées avec soin où passer la nuit. Pour les petites faims, le bistrot du port à la pointe de Pen Lan, propose un gentil choix de fruit de mer et plats du jour entre 15 et 25 € servis sur Terrasse donnant sur l’estuaire. Enfin pour les marcheurs impénitents, il suffit de franchir la rivière Saint-Eloi, en passant par Muzillac pour rejoindre Bétahon et sa plage magnifique et affronter, les pieds dans l’eau, la force de ces paysages.

 

Les délices de l’océan breton

Non content de posséder l’un des plus beaux établissements du littoral armoricain, Bertrand Jaquet cultive l’art de régaler sa clientèle avec la fine fleur de ce que le terroir et la mer offrent à chaque saison. Confiées à Patrice Caillault, un Tourangeau amoureux de la Bretagne depuis bientôt trente ans, les cuisines sont tournées vers le large, avec un souci particulier de mettre le produit en valeur sans porter atteinte à son identité. « La cuisine de Rochevilaine doit-elle évoluer pour suivre certaines tendances ethniques, une fusion mondialiste ou la dernière mode ? » interroge Bertrand Jaquet en première page du menu. «  Etre classique, ce n’est ni être piétiner, ni refuser l’évolution », conclut-il. La suite de la carte démontre combien le souci du chef est de restituer, dans leurs arômes, les délices de l’océan breton. Ainsi les sardines côtières encanaillées sur une croûte feuilletée (26 €), les huitres creuses de la ria de Pénerf élevées par Philippe Le Gal (24€), les langoustines du Guilvinec et leur croustillant de petit pois et herbes gourmandes en gelées (32€), le rouget de roche en écailles de pommes de terre et son foie en soupe émulsionnée (33€), sans oublier la trilogie de kouign-amann accompagnés de sorbet au cidre. Assortie de la richesse d’une cave à prix sage, dont quelques Muscadets sur lie vinifiés pour honorer les saveurs marines, cette table est un monument de haute gastronomie.

 

Domaine de Rochevilaine, pointe de Pen Lan, 56190 Billiers Tel 02.97.41.61.61.

Menus de 40 à 72 € Ouvert tous les jours toute l’année

 

 

 

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